Koyo Kouoh , née au Cameroun en 1967, est une commissaire d’exposition indépendante, une conservatrice de musée et une productrice culturelle.

Elle étudie à Zurich, où sa famille s’installe alors qu’elle a treize ans. Ses parents l’encouragent à suivre une formation en économie. Elle travaille un temps dans le monde bancaire avant de rentrer dans le domaine culturel, dans un premier temps en se consacrant à la littérature et au cinéma. En 1995, elle part à Dakar pour une interview du cinéaste Ousmane Sembène. Puis elle y revient un an plus tard, pour s’y installer. « Retourner au Cameroun, je trouvais ça redondant, explique-t-elle. Le Sénégal était plus cosmopolite. L’islam m’intéressait aussi. »

L’objectif est clair : « penser un commissariat [d’exposition] décolonial » et « de manière plus poussée, [évoquer] le refus même de le penser dans un espace théorique qui a, avant tout été défini par l’Occident, ou réfléchir sur les conséquences de la dominance masculine et des transgressions misogynes existant dans un champ professionnel marqué, entre autres paradigmes, par les hiérarchies de genre et de race ». Pour la 6e session de la RAW Académie, intitulée « Cura » et qui aura lieu de mars à mai 2019, Koyo Kouoh propose d’envisager de nouvelles manières de donner à voir et à penser avec les artistes africains. Dans un contexte postcolonial où perdurent les tentations hégémoniques, il importe plus que jamais de ne pas oublier que concevoir une exposition est « une manière d’écrire et de ré-écrire des histoires, de lire le présent et d’imaginer tous les futurs possibles ».

A 51 ans, la Camerounaise est l’une des plus importantes curatrices africaines. Elle a notamment collaboré aux Documenta de 2007 et de 2012, à la Biennale de Dakar, aux Rencontres de Bamako. Son travail explore la matrice coloniale au-delà de la seule histoire européo-africaine (« Still (the) Barbarians », 2016), le rapport que les femmes africaines entretiennent à leur corps. Lequel peut être un outil politique, de domination ou de résistance, un lieu de crime lorsqu’il est violé, maltraité ou tué (« Body Talk », 2014). Les questions de genre, de féminisme, de sexualité sont auscultées, repensées.

Installée à Dakar depuis 1996 après une enfance passée au Cameroun et une adolescence en Suisse, Koyo Kouoh dirige la RAW Material Company (raw signifie « brut » en anglais et « pionnier » en wolof), qu’elle a conçue comme un centre d’exposition et d’expérimentation, une fabrique où l’on produit du savoir, et où alternent manifestations culturelles, résidences d’artistes, d’écrivains ou de commissaires d’exposition, conférences, débats où chacun est invité à réfléchir au-delà des disciplines. Une « manière d’être, de vivre et de penser avec et à travers l’art et les artistes ».

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